Patrimoine local

Au détour d’une place, d’un chemin ou d’un hameau, le patrimoine d’Arboys en Bugey raconte l’histoire de celles et ceux qui ont façonné notre territoire. Fours banaux, fontaines, puits, lavoirs, croix de chemin ou monuments aux morts témoignent de la vie quotidienne, des croyances, des solidarités et des grands événements qui ont marqué nos villages.

Souvent discrets, ces éléments du patrimoine rural constituent pourtant une mémoire précieuse. Ils rappellent comment les habitants s’organisaient autrefois pour cuire le pain, s’approvisionner en eau, laver le linge, se recueillir ou honorer leurs disparus. Cette page vous invite à découvrir ces témoins du passé qui participent encore aujourd’hui à l’identité et au charme d’Arboys en Bugey.

Le four banal, typicité bugiste

Sur le territoire d’Arboys en Bugey, les fours banaux ponctuent hameau après hameau la mémoire vivante du Bugey. Lieux de cuisson et de rassemblement, ils incarnaient bien plus qu’un simple équipement collectif : la chaleur d’une sole emmagasinée plusieurs heures, la solidarité des voisins autour d’une fournée, l’entraide ordinaire qui rythmait les saisons. Ces fours sont aujourd’hui encore allumés à l’occasion de fêtes familiales ou de manifestations associatives.

Jusqu’à la Révolution française, les banalités désignaient les taxes payées par les paysans pour utiliser le moulin du seigneur, son four ou son pressoir. Le four « banal » était ainsi le four du ban seigneurial, mis en commun par obligation — et dont l’usage collectif a, avec le temps, forgé des habitudes de vie et de solidarité durables.

Architecture et usage

Un four banal se compose de deux parties distinctes. L’auvent protège du vent et de la pluie les utilisateurs, les denrées et le matériel. Parfois fermé par une porte en bois, on y trouve les bûches, les rameaux et les outils à long manche :

  • Le râcle, racloir à lame de bois pour rassembler cendres et braises
  • Le balai en buis, préalablement trempé pour ne pas consumer
  • La pelle à enfourner pour disposer, déplacer et retirer les préparations

La chambre de cuisson est composée :

  • D’une sole en pierre (grès, calcaire ou lave volcanique), plancher plat qui emmagasine et restitue la chaleur de façon uniforme
  • D’un portillon en fonte muni d’un évent bas pour réguler l’apport d’oxygène et gérer la combustion
  • D’un plafond voûté en pierres maçonnées ou briques réfractaires pour maintenir la chaleur au cœur de la chambre

Sur notre commune, chaque village possède son four, que tout habitant ou association peut allumer à l’occasion d’une fête familiale ou d’une manifestation associative.

Fontaines & puits, au fil de l’eau

Dans les villages du Bugey, la présence d’une fontaine ou d’un puits dépendait de trois facteurs conjugués : l’existence de sources naturelles, la nature géologique du sol, et l’implantation du bourg dans le relief.

Pourquoi des fontaines à Arbignieu ?

Arbignieu s’installe dans une zone de collines traversées par des circulations d’eau accessibles, à proximité du Furans. Dans ce type de relief, les habitants pouvaient capter une source, amener l’eau par gravité et alimenter fontaines publiques et lavoirs. C’est typique des villages bugistes bien alimentés en eaux de source. Le patrimoine d’Arbignieu mentionne encore un ancien lavoir communal du XIXe siècle, directement lié à cette disponibilité d’eau courante.

Les fontaines remplissaient plusieurs fonctions : eau potable, abreuvement des animaux, réserve contre les incendies.

Pourquoi des puits à Saint-Bois ?

Saint Bois, plus en altitude et accroché aux reliefs calcaires, suit une logique inverse. Dans les terrains calcaires, l’eau s’infiltre rapidement, les sources affleurent peu en surface, et les villages doivent aller chercher l’eau en profondeur, d’où l’usage des puits privés ou collectifs, des citernes, et parfois de petites réserves récupérant l’eau de pluie.

Les lavoirs, lieux de vie

Ancêtre des laveries modernes, démocratisées avec la machine à laver dans les années 1960, le lavoir est conçu pour rincer le linge. On y trouve de larges tablettes en pierre, en bois ou en métal, destinées à frapper, savonner et essorer draps, couvertures et habits.

Lavoirs
Arbignieu

Un lavoir par village

Chaque lavoir est situé en aval de la fontaine qui l’alimente.

Saint-Bois

Un lavoir en bordure de rivière

Directement alimenté par les eaux du Gland.

Source : Fiche-conseils du CAUE pour la Communauté de communes Bugey Sud — Le bâti traditionnel en Bugey Sud.

Les croix

En parcourant le territoire, on rencontre plusieurs croix de chemin et de village, exclusivement recensées sur le secteur de Saint Bois. Ces monuments religieux, très répandus dans la campagne bugiste, remplissaient autrefois trois fonctions :

  • Repères et guides pour les voyageurs aux intersections
  • Lieux de prière et de protection des cultures contre les intempéries (orages, grêle)
  • Stations lors des processions religieuses
Les croix
XIXe siècle · Saint Bois

Croix de Compignière

Croix de chemin et de procession dans la tradition du XIXe siècle, période de forte ferveur religieuse et de reconstruction du petit patrimoine rural.

1852 · Saint Bois

Croix de Saint Bois

Érigée en mémoire d’un Jubilé paroissial. Inscription gravée dans la pierre : « 1852, souvenir de Jubilé ». Financée par la paroisse et les habitants.

XIXe siècle · Saint-Bois

Croix de Crozet

Croix de chemin portant la même inscription traditionnelle de Jubilé que la croix du bourg.

Date inconnue · Veyrin

Croix de Veyrin

Trois éléments distincts : croix sommitale en fer forgé, fût en pierre patinée de lichens, piédestal posé sur une meule de moulin réemployée.

La croix de Sillignieu (Arbignieu)

Unique croix recensée sur le secteur d’Arbignieu, cette croix en calcaire local porte la date 1821 gravée sur la base de la niche. Des initiales (vraisemblablement celles des donateurs) sont encore lisibles sur le socle. Son intégration dans la maçonnerie d’un mur suggère soit un remploi — la croix, initialement au sol ou à un carrefour, aurait été sauvée lors d’une reconstruction — soit une croix de protection intégrée à la façade dès l’origine.

Les monuments aux morts

Témoignage typique des monuments communaux élevés au lendemain de la Première Guerre mondiale dans les villages ruraux du Bugey, le monument aux morts se dresse sur la place du chef-lieu, le plus souvent sous la forme d’un obélisque sur socle cubique. Beaucoup de petites communes de l’Ain inaugurent le leur entre 1920 et 1923, au moment où se réunissent les financements publics et les souscriptions des habitants.

Plus qu’un geste patriotique, le monument aux morts structure la mémoire collective : il devient un registre de pierre. Dans un territoire rural où les familles restent sur place de génération en génération, ces noms restent immédiatement identifiables longtemps après la guerre.

Le monument honore les soldats « morts pour la France », matérialise le deuil collectif et sert de lieu aux cérémonies patriotiques du 11-Novembre et du 8-Mai.

Monuments aux morts
Arbignieu — inauguré le 12 novembre 1922

37 noms gravés

Population en 1914 : 650 habitants. En 1921 : 602 habitants.

Saint-Bois — inauguré en 1920

11 noms gravés

Population en 1914 : 245 habitants. En 1921 : 219 habitants.

5,7 % des habitants d’Arbignieu inscrits
4,5 % des habitants de Saint-Bois inscrits
−48 habitants à Arbignieu entre 1914 et 1921
−26 habitants à Saint-Bois entre 1914 et 1921

Pour ces deux petites communes rurales, perdre autant de jeunes hommes représentait un choc démographique et social majeur : fermes sans héritiers, exploitations fragilisées, déséquilibre entre hommes et femmes, exode rural accéléré. La chute des chiffres de 1921 ne reflète d’ailleurs pas seulement les morts au combat, mais aussi les blessés, les départs et les difficultés agricoles qui ont accompagné la désertification progressive du Bugey rural au XXe siècle.

@credit photo Eric Hell